Dans la tradition du Zen japonais ou du Tchan chinois, on rencontre souvent l'expression "Esprit du Geste". On peut approcher cela avec la question : "Avec quel esprit faisons nous tel ou tel geste?".

L’étymologie du mot  "geste" signifie "les choses faites, réalisées". On trouve également dans l’étymologie de ce mot la notion d’aller à  l’essentiel.

Dans un Dojo Zen, les gestes sont très importants. Par exemple, le geste nommé "Gassho" consiste à joindre la main gauche et la main droite placées devant le coeur puis s'incliner doucement vers l'avant pour saluer avec un esprit de révérence. Lorsqu'on pratique ce geste, tout l’être est touché, on n'est pas dans un esprit guerrier ou violent. C'est un geste d'humilité et de respect envers l'autre, les autres, le monde entier. Ainsi, en pratiquant ce geste à de très nombreuses reprises, l'esprit de ce geste nous éduque inconsciemment, automatiquement et peu à peu nous pouvons développer un esprit de compassion libre des tricheries du mental (le corps ne ment pas...).

Il y a des autres gestes qui sont pratiqués dans un dojo zen et dans la plupart des temples bouddhistes « Sampai », les prosternations le front au sol avec les deux mains qui se relèvent légèrement de chaque coté de la tête en signe d'abandon à quelque chose  plus grand que soi.
Si nous serrons le poing en direction du ciel ou au contraire nous ouvrons les mains vers le ciel, l'un et l'autre des gestes engendre un état intérieur particulier.
Chaque geste exprime une intériorité et le geste réalisé influence l'intériorité.
Les mains qui sont reliées au bras qui eux-même sont reliés au centre de la poitrine, au coeur sont souvent présentes dans le geste.
   
L’esprit du geste est intime avec les mains, les pieds, et tout le corps, il est également intime avec le souffle. Le karatéka par exemple frappe en expirant, le calligraphe met son pinceau en mouvement sur l'expiration.
 
L’esprit du geste est aussi appelé « Zanshin » expression que l’on retrouve souvent dans la pratique de l’escrime japonaise (« Kendo » ). Zanshin est l’esprit qui demeure, sans s’attacher, l’esprit qui reste vigilant. On prend soin de l’action et l’on reste attentif à ce qui peut survenir ensuite. On pose les objets avec précaution, on suspend son mouvement une fraction de seconde avant de fermer une porte afin de ne pas claquer.

Porter son attention signifie introduire de la lenteur au coeur du geste même si celui-ci est  réalisés à la vitesse de l’éclair. C'est la lenteur de la distance, la lenteur de la non-identification, la lenteur du silence.

On retrouve cette éducation dans l’art des bouquets (« Ikebana »), la cérémonie du thé, la calligraphie.
Originellement le mot « zanshin » provient de l’art du combat au sabre et signifie « prêter attention à son adversaire ».
Mais « Zanshin » s’applique à tout acte de la vie quotidienne. La beauté naturelle du corps est le reflet de l’entraînement de l’esprit à la concentration des gestes.
le travail manuel « Samu » qu’il s’agisse de l’entretien ménager ou d’agriculture, d’art ou d’artisanat, ne conditionne pas seulement la santé du corps et l’habilité des doigts, mais aussi l’agilité du cerveau.
   
Le geste du calligraphe, celui du pratiquant des arts martiaux, celui du cuisinier, du danseur, du jongleur, du percussionniste, du couturier prend son élan, puisent sa vitalité dans la même Source, dans le même souffle de vie.
Avec l’esprit du geste « Zanshin » tous les gestes deviennent aisés et contrôlés, et le corps retrouve sa beauté. L’action naturelle devient inconsciente et parfaitement belle. 

Pour approfondir :

Par la pratique

"L'esprit du Geste" au Temple Zen de la Gendronnière du 21 au 26 octobre 2017 : http://www.zen-azi.org/node/2392
Couture du Kesa - Cuisine - Chant - Calligraphie - Les sons du Zen - Atelier pour enfants - Rythme, souffle - Jin Shin Jyutsu - Prestidigitation - Clown .

Par la lecture

Livre :
"La pratique du Zen" de Maître Taisen Deshimaru Edition Albin Michel
"Traité d'esthétique japonaise" Donald Richie Edition Sully




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